Une expo photo pour ne pas oublier la vraie Bassens

Les photos de l’exposition mettent en scène les habitant de Bassens dans leur quotidien. Photo C.M.

Vouée à disparaître, la cité Bassens souffre d’une mauvaise réputation malgré elle. Pour ne pas l’effacer des mémoires, une exposition photographique a été organisée afin de montrer la vie et la solidarité qui y règnent.

La cité Bassens. Dans les médias et dans l’inconscient collectif, ce quartier rime souvent avec narcotrafic, violences et délinquance. Et pourtant, au pied de ces huit immeubles, la vie bourdonne, bouscule et résiste. C’est ce que raconte l’exposition photographique Bassens. « Je me suis d’abord concentré sur la thématique du bâti, parce qu’il est voué à disparaître, explique Franck Pourcel, artiste photographe. J’ai ensuite voulu observer ce lieu à travers différents prismes, qu’il s’agisse des habitants, de la végétation ou des animaux. »

Prévue pour être démolie au premier trimestre 2028, la cité ne veut pas disparaître des mémoires de ses habitants. « Bassens avait besoin de ce travail. Avant d’être un quartier, c’est avant tout un village, et ces photos lui permettront d’exister encore. Quand Bassens sera démolie, ce sera comme perdre un être cher. Ces clichés nous aideront à vivre avec », espère Kader.

Après trois mois de résidence, des milliers de clichés immortalisent des moments de vie authentiques au cœur du quartier : un simple match de foot, un repas partagé ou encore le bonheur d’une nouvelle naissance. « Les photos sont belles, Francky nous a pris sous notre meilleur jour, je me trouve très jolie », confie Anallya, 7 ans. « Francky », comme l’appellent les habitants, fait désormais partie de la famille Bassens. « J’ai trouvé beaucoup d’humanité ici. Les gens sont vrais et entiers, raconte le photographe, encore ému. J’ai été accueilli comme si j’avais toujours vécu ici, et ce serait pareil pour n’importe qui. C’est ce qui est incroyable à Bassens. »

La résidence artistique de Franck Pourcel à Bassens dure neuf mois. Photo C.M.

Bassens unie autour de ses femmes

Une chose saute aux yeux en parcourant les photographies : la place centrale des femmes. « C’est magnifique, cette exposition reflète la vraie vie du quartier », se réjouit Nanou, présidente de l’amicale des Femmes de Bassens. Ateliers créatifs, maraudes, sorties culturelles : l’amicale est le cœur battant de la cité. « Sans ces femmes, Bassens n’existerait pas. Ce sont elles qui mobilisent et rassemblent tout le monde », souligne Francky. « Bassens est une grande et belle famille, soudée par une forte solidarité. Les femmes s’y investissent pleinement : elles éduquent les enfants, se battent pour le vivre-ensemble et pour l’accès à la nourriture. Elles méritent tout notre respect », insiste Nanou.

A Bassens toutes les occasions sont bonnes pour se rassembler. Photo C.M.

Le vrai visage de Bassens

Avec encore 90 familles, la cité reste un lieu animé où chaque occasion est bonne pour se retrouver. L’exposition photographique ne fait pas exception. « Quand on regarde ces photos, on se rappelle des souvenirs et des anecdotes, et on ne garde que le meilleur malgré le pire », sourit Kheira, alias « Kiwi ». Après avoir vécu quinze ans dans le quartier Vauban (6ᵉ), cette native de Bassens est revenue y vivre : « Un pur choix du cœur, affirme-t-elle. Nous sommes une famille, tous liés les uns aux autres. Cette solidarité ne se voit pas quand tout va bien ; on la ressent surtout dans le malheur. »

Le malheur a souvent frappé le quartier sur fond de narcotrafic, et Bassens a longtemps été associé à la drogue et à la violence. « Notre réputation ? On ne peut pas nous comparer à d’autres quartiers de Marseille, plus grands et plus connus, estime Kiwi. Bassens, ce n’est pas que ça. C’est aussi la vie et la solidarité. »
Une seconde exposition sera organisée au cœur de la cité puis au musée d’Histoire de Marseille en mars prochain, 150 clichés seront ensuite confiés aux archives municipales pour garder un témoignage de cette époque.

Cesar Mazouzi

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