A l’arrivée de la famille Kessaci, les personnes présentes sur place ont applaudi en signe de soutien. Photo C.M.
Près de 7 000 personnes ont fait le déplacement pour rendre hommage à Mehdi Kessaci, frère du militant associatif Amine Kessaci, assassiné froidement. Entre stupeur et colère, les Marseillais affichent leur détermination à résister.
Un silence assourdissant plane autour du rond-point Claudie-Darcy, dans le 4ᵉ arrondissement de Marseille. C’est ici que, le 13 novembre dernier, Mehdi Kessaci a été tué dans son véhicule. Un meurtre sur fond de règlement de comptes visant Amine Kessaci, fondateur de l’association Conscience, engagée contre le narcotrafic et auprès des familles de victimes. « Mehdi était innocent, il n’était coupable que d’être mon frère. Je demande justice pour lui et pour toutes les victimes. Il faut que la paix revienne dans nos quartiers, que notre jeunesse puisse grandir sans la peur de mourir », déclare Amine Kessaci, la voix serrée.

Malgré le froid, la foule grossit. Hommes, femmes : tous des anonymes venus témoigner leur soutien à la famille Kessaci. Ils sont près de 7 000 selon la police. « C’est un moment où les Marseillaises et les Marseillais doivent dire non. La peur ne peut pas nous gagner, affirme Benoît Payan, maire de Marseille. Nous devons résister à ces mafias, à ces gens qui assassinent de sang-froid. Nous devons leur dire que nous n’avons pas peur. » L’édile, qui refuse toute polémique, appelle à dépasser les clivages entre gauche et droite pour construire une véritable unité nationale face au narcotrafic.
Marseille en colère

Si l’heure est au recueillement, la présence au premier rang de personnalités politiques comme Yaël Braun-Pivet, présidente de l’Assemblée nationale, ou Éric Dupond-Moretti, ancien garde des Sceaux, suscite la colère. « Ce sont eux qui ont laissé notre ville dans cet état, et maintenant ils viennent faire grise mine », souffle une femme dans l’assistance. « C’est le peuple qui devrait être devant », renchérit quelqu’un. « Ils auraient au moins pu éviter de venir avec leurs écharpes tricolores », tranche un autre. « Tout ça, c’est du cinéma. Ils sont simplement venus se montrer », s’emporte Abi, bénévole de l’association Conscience à Montpellier. Venu de Millau, dans l’Aveyron, il laisse éclater sa frustration : « Ils étaient où quand on les appelait ? Quand on avait besoin d’eux ? On a besoin de moyens, de locaux, de groupes de parole. On a besoin de solutions. »
Des solutions : Amine Kessaci en appelle à la responsabilité collective et interpelle les institutions. « Le départ des services publics, la fin de la police de proximité, les moyens insuffisants des enquêteurs : voilà ce qui fait le jeu des trafiquants, explique-t-il. Plus personne ne peut dire qu’il ne savait pas. Entrez en résistance, luttez. Levez-vous pour nos quartiers et pour la justice. »