Des acteurs dans les quartiers

La première du film a été projetée au cinéma de l’Alhambra en présence des acteurs et de leurs familles. Photo C.M.

Avec L’urgent c’est d’aimer, l’acteur marseillais Cyril Lecomte a accompagné 50 jeunes issus des Quartiers nord de la ville pour leur apprendre et leur présenté le métier d’acteur. Une histoire d’apprentissage et d’amour au sens large.

Jouer un rôle, l’incarner. Et si dans chacun des jeunes des Quartiers nord de Marseille se cachait un comédien. C’est le pari un peu fou qu’a fait Cyril Lecomte, acteur, réalisateur et metteur en scène marseillais, en proposant un stage d’acting à des jeunes issus des Quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), pour apprendre et réfléchir autour du métier de comédien. « Pour moi il était important de mettre en avant ces jeunes qui sont différents de ce que l’on montre de Marseille au quotidien. Ici il n’y a pas que crimes et kalash », rapporte Cyril Lecomte, notamment apparu dans Truands, La French, Bac Nord ou pour les plus nostalgiques, Les Collègues. C’est justement après le tournage de Bac Nord, dans ces dits quartiers, que l’idée de ce stage germe dans la tête de l’acteur. « Je me devais de faire quelque chose pour ma ville et pour ses habitants, d’arrêter avec ce Marseille bashing », complète l’artiste aguerri qui lance avec son association Marseillons United les premiers castings pour dénicher des talents.

Au total, ce sont 50 jeunes acteurs amateurs qui participent à l’aventure. Dans ses trois actes, L’urgent c’est d’aimer raconte ce voyage d’apprentissage autour d’un métier, d’un art. Entre improvisations et cours d’acting, les novices livrent leurs expériences personnelles : comme l’obtention du premier job, ou d’un accident de la route, qu’ils doivent ensuite jouer face caméra. Le tout sous l’œil attentif de Richard Guedj, acteur et coach en acting, qui distille ses conseils sur la voix ou le positionnement du corps.  « J’ai eu du mal à me voir sur grand écran, pour moi cet exercice a été très dur, rapporte Nia, rappeuse et stagiaire de l’initiative. Je suis pourtant habituée à jouer quand je dois tourner un clip, mais dans la musique j’exprime qui je suis, ce que ressens. Alors qu’avec l’acting on doit jouer un rôle, être une personne différente. J’ai dû apprendre à accepter de ne pas y arriver et à recommencer encore et encore. »

Le film capture ses moments de doute, de questionnements et d’échange. Comme quand Nina et Malik, tous deux stagiaires, se disputent autour de la question de l’identité. Sans jouer, en se répondant cash, parfois même avec véhémence. Une tension transformée en une énergie positive dans une scène où les deux antagonistes se retrouvent à l’arrière d’un blablacar dans lequel une discussion éclate à propos d’un sandwich. Un script qui se transforme rapidement et malgré eux en une scène de flirt particulièrement réussie et authentique.

Un vivier incroyable

En plus de proposer des cours d’acting, les stagiaires ont eu l’opportunité de découvrir tous les autres métiers du cinéma: perchiste, prise d’image, montage, opérateur son ou encore régisseur. « L’idée était de proposer une immersion totale sur un vrai plateau de tournage, explique Cyril Lecomte. Il est important qu’un acteur ait conscience de tout le travail qu’il y a tout autour de sa performance, c’est pour ça qu’ils ont touché à tout. » Une immersion qui a pu aussi se faire grâce à la complicité de Provence Studios qui a mis ses locaux à la disposition du projet et qui a pu donner des envies de cinéma à certains. Autant de moyens mis en place pour réussir à faire sortir le meilleur de ces acteurs, « Et de leur donner une meilleure d’image d’eux-mêmes parce que l’urgence est là », développe le maître de stage. Il ajoute : « Qu’importe qui on est, nos différences ou nos difficultés, il faut surtout s’aimer soi-même. »

Mais attention, Cyril Lecomte n’est pas là« pour vendre du rêve », comme il aime le rappeler. Si ce projet a fonctionné, c’est surtout grâce à la bonne volonté de ces jeunes. « Et il y a de quoi faire dans les quartiers, il y a un vivier incroyable ici. Je pense notamment à Idir Azougli, précise l’acteur qu’il l’a rencontré sur le tournage de Bac Nord. Ce métier n’est pas facile, la comédie est une science qui demande beaucoup de travail. » Cyril Lecomte ne veut pas s’arrêter là et va lui aussi continuer à travailler pour à terme faire la tournée des festivals avec L’urgent c’est d’aimer et distribuer son film à d’autres salles, voire au petit écran. La première du film a été diffusée au cinéma de l’Alhambra.

Cesar Mazouzi
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