Le ministre de la Ville et du Logement dévoile les ORCOD-IN pour les Quartiers nord

Face aux habitants des Quartiers nord, Vincent Jeanbrun a présenté le dispositif ORCOD-IN

Face aux habitants des Quartiers nord, Vincent Jeanbrun a présenté le dispositif ORCOD-IN. Photo C.M.

En déplacement dans les Quartiers nord de Marseille, le ministre de la Ville et du Logement a annoncé le lancement de plusieurs ORCOD-IN, un dispositif national destiné à rénover des copropriétés dégradées. Présentée comme une réponse à l’habitat indigne, cette opération d’ampleur soulève toutefois de nombreuses interrogations chez les propriétaires, les habitants et les associations locales.

Le plan Marseille en grand, lancé par le président de la République en septembre 2021, avance. À cette occasion, le ministre de la Ville et du Logement, Vincent Jeanbrun, a visité le nord de la ville pour annoncer la mise en place de l’Opération de Requalification de Copropriétés Dégradées d’Intérêt National (ORCOD-IN) dans quatre ensembles de logements : Le Maille (14e), Les Rosiers (14e), Consolat (15e) et enfin La Maurelette (15e).

C’est dans cette dernière que Vincent Jeanbrun a rencontré les copropriétaires et les associations pour présenter le nouveau dispositif : « On a près de 600 millions qui sont mobilisés, c’est considérable. Et c’est ça qu’on vient montrer aujourd’hui aux habitants. Vous pouvez retrouver l’espoir parce que les moyens publics sont là et ils sont à vos côtés. »

Qu’est-ce que l’ORCOD-IN ?

Définie par l’article L.741-1 du code de la construction et de l’habitation, une ORCOD est un dispositif d’intervention immobilière et foncière incluant des actions d’acquisition, de travaux et de portage de lots de copropriété. Un plan de relogement et d’accompagnement social des occupants est intégré aux actions, avec la mobilisation de dispositifs coercitifs de lutte contre l’habitat indigne.

« Ce label d’intérêt national permet d’abord de mobiliser beaucoup d’argent, mais également d’accélérer énormément les procédures, précise le ministre de la Ville et du Logement. Parce que quand ces copropriétés commencent à se dégrader, on le voit, le prix diminue. Certains viennent — et on peut le dire, des voyous — achètent des appartements à des prix très bas et les louent en marchands de sommeil. »

Une succession de faits qui, selon Vincent Jeanbrun, accélère la dégradation des logements. Les charges n’étant plus payées, les copropriétés se retrouvent alors privées de moyens pour se rénover elles-mêmes.

Des propriétaires inquiets

Face au ministre de la Ville et du Logement, les propriétaires des quatre copropriétés sous ORCOD-IN s’interrogent sur l’efficacité du nouveau dispositif : « On espère des réponses précises par rapport à la requalification. D’accord, l’ORCOD-IN doit rénover les copropriétés d’après ce qu’on a compris, mais où vont aller les habitants pendant les travaux ? Est-ce qu’ils vont avoir le droit de revenir ? C’est tout ça que l’on veut savoir », martèle Nassira, de la table de quartier des Rosiers, qui compte 3 000 habitants répartis dans 724 logements.

A la Maurelette, les parties communes sont dévastées. Photo C.M.

Dans ces copropriétés, le quotidien n’est pas facile : ascenseurs en panne, absence de luminaires dans les parties communes, saleté, insécurité. « Et avec tout ça, on paie des charges ! », rappelle un propriétaire du Maille. Il ajoute : « Pour ma part, j’en suis à 300 euros par mois et encore, je n’ai pas reçu la régularisation des charges pour l’année 2025. »

Des problèmes de gestion qui minent la vie des habitants des Quartiers nord de Marseille. « Il n’y a plus de copropriété en bonne santé », indique Samia Ghali, conseillère municipale et maire adjointe en charge de la stratégie municipale sur les projets structurants de la ville. Sur la question des ascenseurs, l’élue marseillaise souhaite qu’un cadre législatif soit mis en place pour contraindre les ascensoristes à intervenir.

L’ORCOD-IN, un piège pour les propriétaires ?

Annoncées comme la recette miracle pour rénover les copropriétés privées, les ORCOD-IN interrogent les associations et les collectifs de citoyens. Dans nos colonnes, Anissa Harbaoui, membre de l’Association des délogés et du Collectif du 5 Novembre, formé à la suite du drame de la rue d’Aubagne, donnait son avis sur le nouveau dispositif : « Ils vont endetter les propriétaires, laisser pourrir les quartiers pour que les biens baissent et tout récupérer à bas prix. Marseille est une mine d’or et ils ne veulent plus de nous ici. »

Qu’ils soient de simples citoyens ou membre d’associations, les Marseillais de Quartiers nord espèrent des changements rapides et efficaces de la part de l’Etat. Photo C.M.

Du côté de l’État, la volonté est claire : faire de Marseille un laboratoire. « On veut montrer qu’il n’y a pas de fatalité et qu’on peut réellement réparer là où c’est cassé, là où c’est abîmé. Et si on y arrive ici, alors on pourrait y arriver partout ailleurs où c’est nécessaire dans notre pays », espère Vincent Jeanbrun.

Pour les habitants, une question demeure : rénover les immeubles, oui, mais à quel prix et pour qui ?

Cesar Mazouzi

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