Le Réfectoire est un espace de vie convivial à disposition des habitants et des associations locales. Photo C.M.
Dans le quartier de la Cabucelle (15e), le Réfectoire est devenu un lieu incontournable. Porté par l’association 13 Solidaires, ce restaurant associatif est aussi un espace de rencontres, de culture et de soutien pour les habitants.
Le Réfectoire n’est pas une simple cantine. Si son menu et les effluves de sa cuisine ne laissent planer aucun doute sur la qualité de ses plats, le Réfectoire est bien plus. « L’idée était de remettre de la vie dans ce quartier de la Cabucelle (15e), qui est l’un des plus pauvres d’Europe. Ici, il n’y a pas de centre social, pas de bureau France Services, donc j’ai voulu proposer un lieu pour les associations, les habitants et les entreprises », explique Lena Cardo, fondatrice et présidente de l’association 13 Solidaires, à l’initiative du projet.
C’est en septembre 2022 que cet espace de vie convivial ouvre ses portes. Il faut compter 12 euros pour un plat chaud, cuisiné avec passion. « Nous avons un menu différent tous les jours, avec un chef cuisinier qui est aidé par des bénévoles de l’association Culture sans frontières, qui sont là pour financer leurs projets », développe Lena Cardo. Tous nos produits sont bio et de saison grâce à nos fournisseurs, la plateforme paysanne locale et le Biocoop de Carrefour Grand Littoral. »

Ici règne la politique du zéro gaspi : quand des produits ne sont pas utilisés, ils servent pour les menus des jours suivants. Si vous avez envie de déjeuner dans ce restaurant associatif, il faut d’abord adhérer à l’association 13 Solidaires. En plus de proposer des menus abordables, le Réfectoire distribue des petits-déjeuners aux élèves de l’école primaire Oddo.
Créer un lien social et culturel
Pendant que les fourneaux chauffent à feu doux, le Réfectoire, lui, tourne à plein régime. En plus de sa cuisine et de sa salle de restauration, le lieu est surtout un point d’ancrage pour les acteurs sociaux du quartier. « On permet à qui le souhaite de se retrouver, d’organiser des réunions et de proposer des services, comme des cours de français, proposés trois fois par semaine », liste Lena Cardo.
C’est aussi le cas de l’Association culturelle d’espaces lecture et d’écriture en Méditerranée (ACELEM), dont la mission est de faire découvrir et aimer la lecture. « En hiver, on aime prendre nos quartiers au Réfectoire pour éviter le froid. L’idée est de donner du plaisir à travers les livres, à l’aide d’ateliers d’écriture créative, mais attention, pas de dictée », présente Pierre, membre de l’équipe mobile de l’ACELEM.

Quand le beau temps est de retour, l’association va au cœur des quartiers, directement à la rencontre des enfants, avec ses BD, albums de jeunesse, mangas ou encore livres de jeux. L’ACELEM intervient à Air Bel (11e), La Cayolle (9e), Édouard Vaillant (3e), La Solidarité (15e), La Valbarelle (11e), Val Plan (13e) et La Viste (15e). « Ce sont des quartiers éloignés des bibliothèques. Les écoles ont aussi de moins en moins de livres ou de lieux de lecture dans leurs locaux. Ajoutez à cela l’absence de transports en commun et de voitures dans les foyers : ces enfants n’ont pas toujours la possibilité d’avoir accès à des livres », déplore Swan, membre de l’équipe de l’ACELEM.
Une crèche mobile s’installe tous les mardis matin sur le parking du Réfectoire. Une aide aux devoirs est également proposée, ainsi qu’une permanence de la mission locale. La liste est longue : au total, ce sont une quinzaine d’associations et d’intervenants extérieurs qui se relaient ici. « Mais ce n’est pas assez : il manque des activités pour les adolescents, surtout dans le domaine sportif. Il faut rendre la Cabucelle plus attractive », conclut Lena Cardo.
Pour Roudaina, 6 ans, c’est mission accomplie : « Je viens tous les mercredis, c’est trop bien ici. J’aime les jeux, les livres et surtout les jeux de société. »
Un lieu ressource pour les familles
Si les enfants trouvent leur compte, c’est aussi le cas de leurs parents. « Dès qu’on arrive ici, on se sent bien. On nous propose un café, alors qu’à la maison, personne ne nous le demande, s’amuse Samiha, maman qui fréquente le Réfectoire depuis un an. On trouve du temps pour nous et, en même temps, on sait où sont nos enfants et qu’ils sont bien occupés. »

À côté des activités proposées aux plus jeunes, 13 Solidaires pense aussi aux plus âgés. « L’année dernière, nous avons eu un atelier danse animé par Maryama Kaba », se souvient Samiha. Fabrication de costumes, répétitions : de longs mois de travail récompensés par une représentation au stade nautique du Prado. « Cette année, c’est le théâtre. On doit incarner le personnage que l’on rêve d’être, que ce soit une actrice ou la reine d’Angleterre. » Un film sur cette aventure sera diffusé à l’issue du dernier cours de théâtre.
Cesar Mazouzi
- La Cabucelle en chiffres :
- 0 centre social
- 975 euros, c’est le niveau de vie par ménage à la Cabucelle, soit 500 euros de moins que le niveau de vie moyen des Marseillais
- 43 %, c’est la part des lycéens résidant en retard à l’entrée en terminale.