Mobiliser les Marseillais face à la crise du logement

Les associations souhaitent organiser une large mobilisation et des états généraux en 2026. Photo Assemblée des délogés.

À Marseille, associations et syndicats tentent de mobiliser les premiers concernés : les habitants. Tous appellent à une prise de conscience collective pour espérer faire bouger les lignes.

« Il faut plus que jamais se fédérer sur la question du logement », martèle Anissa Harbaoui, co-présidente de l’Assemblée des délogés et membre du collectif du 5 Novembre. Réunions de copropriétaires, rencontres de quartier… La militante multiplie les occasions de sensibiliser les particuliers, comme à la cité de la Maurelette, le 29 novembre dernier. À l’Oasis de Noailles, une dizaine de riverains se sont déplacés pour établir un état des lieux du mal-logement dans la cité phocéenne. « Il y a urgence. Si on ne fait rien, le centre-ville et de nombreuses copropriétés seront vendus à des populations plus aisées. C’est une crise organisée », alerte la militante.

Au cœur des inquiétudes : les liquidations judiciaires en cascade de copropriétés marseillaises. « Depuis des années, on voit des liquidateurs gonfler les factures, alourdir les charges et pousser les propriétaires à vendre à bas prix. Avant, cela touchait surtout les petites copros. Aujourd’hui, même les grandes sont concernées », poursuit Anissa.
Gaspard, du collectif Chômeur.euses précaires, rattaché au syndicat Solidaires 13, cite l’exemple de la Belle-de-Mai : « On a laissé le quartier le plus pauvre d’Europe se dégrader. Et maintenant que le tramway arrive et qu’un commissariat doit ouvrir, tout pourrait être “réglé” d’un coup. Mais où vont aller les habitants qui peinent déjà à se loger ? » Entre travaux, nouveaux commerces et projets urbains, la gentrification s’installe doucement dans ce quartier populaire du 3ᵉ arrondissement.

Un espace de vie et de végétation devrait prendre place autour de la place Caffo. Photo C.M.

Des habitants qui s’organisent

Sur le terrain, mobiliser les personnes touchées reste compliqué. « Quand on est mal logé, on est noyé sous les démarches. On a peur de l’avenir, on court partout… On se laisse vite dépasser », confie Anissa, qui parle en connaissance de cause. Elle-même a été délogée en 2018.
Pourtant, certains habitants prennent les choses en main. Sébastien, résident de la Belle-de-Mai et cofondateur du collectif Qu’est-ce qui s’tram, s’inquiète des conséquences du futur tramway, prévu en 2030. « Rien que rue Loubon, 51 immeubles sont concernés par le tracé », explique-t-il. « La Métropole a décidé de donner mandat au maître d’œuvre de en lui demandant “de limiter les dégâts”, comme pour dire : “Ce n’est pas nous”. Une posture qui nous inquiète. » Une politique à la Ponce Pilate qui a poussé les riverains à s’organiser.

Le bâtiment de 133 logements est réparti en deux copropriétés. Photo C.M.

D’autres, isolés, cherchent eux aussi à comprendre ce qui leur arrive. Florence, copropriétaire de la tour Bel Horizon, voit son immeuble menacé de démolition. « Je suis propriétaire depuis 2009 et je ne me suis jamais sentie aussi démunie », souffle-t-elle. Entre dégradations, dettes, squats et narcotrafic, l’ensemble conçu par l’architecte André Dunoyer de Segonzac a perdu de son prestige. Le 26 novembre, un jeune homme de 18 ans y a été tué abattu sur fond de trafic de drogues.
Malgré tout, Florence continue de payer ses charges. Des charges qui étaient de 300 euros par mois avant la liquidation judiciaire et qui sont passées à 500 dès 2023. « Alors qu’un ascenseur sur trois fonctionne, c’est à ne plus rien comprendre », conclue Florence interloquée.

Un documentaire sur le mal logement

Pendant tous les échanges auxquels assiste l’Assemblée des délogés, Jacinto et sa caméra ne sont jamais loin. « L’idée est de filmer le plus de réunions et de rencontres possible pour avoir assez de matériel afin de sensibiliser le public à la question du mal-logement », explique le cinéaste et membre des délogés. Si, pour l’instant, une diffusion sur les réseaux sociaux est privilégiée, avec un format de vidéos courtes, l’idée d’un documentaire plus long est déjà dans les tuyaux.
L’Assemblée n’a pas prévu de budget pour tourner ce film : la démarche de Jacinto est entièrement altruiste et peut se concrétiser grâce à la coopération de tous.

Face à l’urgence, collectifs et habitants espèrent organiser, d’ici mars, une large mobilisation et des états généraux du logement à Marseille.

Cesar Mazouzi

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