La dite place du commerce ne plus bien son nom, tous les locaux ont baissé leurs rideaux. Photo C.M.
Alors que les travaux de réhabilitation de la cité de la Maurelette, dans les quartiers Nord de Marseille, viennent tout juste de démarrer, les propriétaires s’inquiètent du manque de communication autour du chantier. Une inquiétude suffisamment forte pour pousser une cinquantaine d’entre eux à se réunir.
Depuis l’arrêté de péril qui a frappé le quartier de la Maurelette (15ᵉ arrondissement) en 2018, la copropriété de 746 logements tente de se relever difficilement. Les premières rénovations — garages, façades et Bastide — ont débuté fin septembre. « Ça se passe bien, les équipes sont réactives et le maître d’œuvre passe tous les jours », se réjouit pourtant Aline Rey, propriétaire depuis 51 ans. Mais ce constat positif n’efface pas l’opacité qui entoure le projet. C’est pour cette raison qu’une cinquantaine de copropriétaires de la cité se sont réunis au centre social. « Nous n’avons ni calendrier, ni rétroplanning. Rien », déplore Kader Chelighem, propriétaire bailleur. « Peut-être que l’ancien syndic les a… On n’en sait rien. »

18 millions d’euros… et beaucoup de zones d’ombre
Sur les 18 millions d’euros prévus pour la réhabilitation, trois millions sont destinés aux garages. Reste 15 millions dont personne ne sait encore précisément comment ils seront utilisés. De quoi alimenter les interrogations : « Pourquoi commencer par les garages et pas par les bâtiments », s’étonne un habitant. D’autres dénoncent des demandes de paiement contradictoires : « On ne devait rien payer à cause de l’arrêté de péril, mais j’ai déjà envoyé 800 euros à Foncia. Et on me demande aujourd’hui 1 800 euros pour les façades », confie un propriétaire. Face aux demandes d’explication, silence. « AJAssociés, l’administrateur judiciaire, a les pleins pouvoirs et n’a aucune obligation de travailler avec nous », regrette Kader Chelighem. « C’est pour ça qu’aujourd’hui nous avons besoin de l’implication de chacun pour en savoir plus. » Pour tenter de reprendre la main, les copropriétaires se sont organisés en trois commissions : travaux, comptabilité et communication. Contacté, AJAssociés indique que des réunions mensuels étaient organisées avec l’ancien conseil syndical.

Des tensions internes et un quartier en souffrance
L’unité n’est pourtant pas acquise. Deux visions s’affrontent : celle des propriétaires occupants, soucieux du suivi des travaux, et celle des bailleurs, focalisés sur la levée de l’arrêté de péril. « On est dans la merde ! On paie les charges et les taxes foncières alors que les locataires ne paient plus rien. Quand ça va s’arrêter », s’emporte l’un d’eux. La loi prévoit en effet que le locataire est dispensé de loyer en cas d’arrêté de péril, mais pas des charges. En parallèle, le quartier se dégrade : dépôts sauvages d’ordures et de matériel de chantier, vidange d’huile de moteur sur la place des Platanes, incendies de cages d’escalier ou encore garages saccagés… Une spirale qui accentue le sentiment d’abandon.
La Maurelette bientôt sous ORCOD-IN ?
L’ombre d’un autre bouleversement plane, celui de l’Opération de requalification des copropriétés dégradées d’intérêt national (ORCOD-IN), un dispositif national pour lutter contre les logements indignes et la dégradation des immeubles en copropriété. Pour Anissa Harbaoui, membre de l’association des délogés et du collectif du 5 novembre, formé à la suite du drame de la rue d’Aubagne, les intentions de l’État sont claires : « Ils vont endetter les propriétaires, laisser pourrir les quartiers pour que les biens baissent et tout récupérer à bas prix. Marseille est une mine d’or et ils ne veulent plus de nous ici. » Expulsée en 2018, elle n’a toujours pas été relogée.
Dans l’assemblée, c’est la consternation. Selon Anissa, le préfet aurait affirmé lors d’une réunion en septembre dernier que « tous les feux étaient au vert ». « Il ne manque plus que la validation du Conseil d’État. Ce sera une formalité », assure-t-elle. Kader Chelighem, lui, veut avancer par étapes : d’abord les travaux, puis la levée de l’arrêté de péril. En parallèle, l’association des délogés poursuit son travail d’enquête sur le mal-logement à Marseille en élaborant un état des lieux.
Cesar Mazouzi